Restauration de Meubles

- Meubles régionaux -

Les meubles du Béarn

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Ciseau à bois


LE BÉARN

          Au musée des Arts et Traditions populaires de Paris, lors de la récente exposition sur le mobilier régional, les visiteurs s'arrêtaient le plus longuement devant l'envoi de Pau : un quatre-portes de Morlaàs. Etrange, animé, amusant, ce buffet-bahut se couvre d'un décor symbolique très évocateur. Il comporte toujours, à son fronton, au moins deux palombes ; sur les portes inférieures, une croix de Malte taillée en pointes de diamant ; sur les portes supérieures, le nec plus ultra des caractéristiques béarnaises : un quadrilobe enserrant quatre besants, centré sur un cœur percé de deux flèches. Sur les tiroirs, souvent des fleurs de lin. Et, partout, des fleurs de lis. Le meuble est fréquemment coiffé d'un fronton brisé.



Détail d'un quatre-portes en noyer avec motif Régence ourlé de rubans plissés, fleurs de lis entre marguerites, en l'honneur de la Marguerite des Marguerites, grand-mère de Henri IV
Détail d'un quatre-portes en noyer avec motif Régence ourlé
de rubans plissés, fleurs de lis entre marguerites, en l'honneur de
la Marguerite des Marguerites, grand-mère de Henri IV



          La palombe, délicieux gibier ; la fleur de lin, ancienne culture très répandue, qui alimentait une production textile autrefois florissante dans le pays, rappelle des ornements naturels facilement compréhensibles. Les autres éléments ont des significations plus subtiles. L'Ordre du lis a été institué en 1048 par Garcia III, roi de Navarre. Les souverains du Béarn avaient droit au titre de roi de Navarre. Ils ont dû connaître ce symbole avant la Maison royale de France qui n'a utilisé le lis dans ses armoiries qu'au XIII ème siècle.

          Le besant, symbolisé en architecture et en décoration par des disques convexes sculptés, est une monnaie byzantine d'où son nom - que les croisés ont utilisée en Terre sainte et qui portait une croix d'une forme assez proche de la croix de Malte.

          Les croix héraldiques ont pour origine les croix d'étoffe que les croisés cousaient sur leurs vêtements. La croix de Malte était réservée aux chevaliers. Ils la portaient sur leur manteau de dessus, au côté gauche.



Des champions du bois


          La manière de tailler la pierre ou le bois dite en pointe de diamant a été rapportée elle aussi des croisades. Les pointes de diamant décorent l'archivolte des portails et les moulures des corniches dans les monuments romano-byzantins.

          A la Révolution, les lis ont été soit entièrement grattés sur les meubles béarnais soit le plus souvent mutilés. Leurs ailerons ont été sectionnés. Aussi est-il rare de trouver des fleurs de lis intactes sur le mobilier béarnais antérieur à 1792. Ces meubles à fleurs de lis appartenaient à des notables ou des paysans aisés. Ces personnages pouvaient être soumis à des perquisitions. C'était l'époque du «lis ou la vie»... Si l'on retrouve des lis intacts sur un meuble béarnais, c'est que ceux-ci ont été restaurés, ou que le meuble a été fabriqué après la Révolution.

          Le plus coté des meubles béarnais, le meuble de Morlaàs, est devenu aujourd'hui extrêmement difficile à trouver. Non seulement il fait preuve d'une forte personnalité, mais il est encore remarquablement exécuté. Le Béarn bénéficie, de par ses conditions géologiques et climatiques, de très beaux arbres aux fibres serrées, notamment des chênes et surtout d'admirables noyers. Le chêne a été le plus utilisé. Mais les beaux meubles sont pratiquement tous en noyer. Inspirés par ce matériau exceptionnel, les Béarnais sont devenus les champions de la civilisation du bois. Un pays passionnant à plus d'un titre. Mais restons-en aux meubles. D’ailleurs, ils en valent tous largement la peine, même si ceux de Morlaàs dominent le lot. A l'occasion, rappelons que la ville de ce nom a été la première capitale des vicomtes du Béarn, ce qui explique la noblesse et l'intérêt du mobilier sortant de ses ateliers.



Les cadets de Béarn


          Mais la haute qualification des menuisiers et ébénistes béarnais s'est aussi manifestée ailleurs. Ainsi peut-on compter cinq écoles béarnaises : Morlaàs, Nay, Oloron, Monein, Salies-de-Béarn. Le mot école paraît pour d'aucuns excessif. Il est cependant indéniable que l'on retrouve des caractéristiques marquées dans des types de meubles. L'école de Nay, ville natale d'Henri IV, semble dériver de celle de Morlaàs. Celle d'Oloron se caractérise par l'emploi du motif circulaire dit «cul de bouteille», remarquablement interprété en Béarn, où est né ce motif. Monein a fabriqué des armoires d'un style très particulier. Salies-de-Béarn a laissé un mobilier d'un tel intérêt qu'il vaut une étude particulière.

          Et il faut y ajouter ce que là-bas on appelle «béarnais», des meubles qui ne relèvent d'aucune de ces écoles et qui présentent pourtant des caractéristiques d'un grand intérêt. Car le Béarn, en ce qui concerne le meuble, a été plus qu'une région. Il fut un centre créateur dont l'influence s'est largement répandue. On a pu dire qu'il a inventé le style Louis XIII, en particulier par les variations sur la taille en pointe de diamant. D'ailleurs, ce style apparaît avec l'arrivée d'Henri IV à Paris et celle des soi-disant cadets de Gascogne. Le parler béarnais peut être une forme de gascon. Mais le Béarn, resté solidement indépendant, n'a jamais pu être annexé par la Gascogne limitrophe pourtant puissante. D'Artagnan, originaire de l'Armagnac, était gascon, mais les trois mousquetaires sont béarnais.

          Ce sont donc les cadets béarnais qui ont traîné avec eux, jusqu'à la cour, le style né au Béarn et devenu le Louis XIII. Ce style a rayonné sur tout le Sud-Ouest, jusqu'au Périgord, marqué par son Louis XIII éblouissant, sans atteindre à la qualité béarnaise. Le Béarn a contaminé le mobilier basque, lequel a bénéficié aussi d'inspirations espagnoles. En revanche, celles-ci n'ont pas eu prise sur le mobilier béarnais. Bien au contraire, c'est ce dernier qui a influencé le mobilier espagnol.

          D'une façon générale, le meuble du Béarn est puissant, robuste, très bien mis en forme, doté de remarquables moulurations. Sa structure, bien architecturée, lui donne une allure équilibrée et même harmonieuse, ne contrariant en rien son aspect solide. Ses dimensions sont d'ailleurs importantes. La hauteur des armoires atteint de 2, 55 à 2, 70 m. La largeur varie en proportion. Par contre, détail typique : la profondeur ne dépasse guère 50 cm. Les faux sont rares, car ces meubles élaborés sont difficiles à copier et coûteraient trop cher à être réalisés de nos jours. Ce qui peut arriver, c'est de déclarer comme originaires de Morlaàs des meubles qui semblent proches de ce style, afin de les vendre à un prix plus élevé.

          Pour des raisons commerciales, des armoires peuvent être raccourcies, parce que les authentiques, avec leur hauteur majestueuse, découragent les amateurs mal avertis.



Armoire de Monein
Armoire de Monein