Restauration de Meubles

- Meubles régionaux -

Les vaisseliers

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Ciseau à bois


LES VAISSELIERS

          Jusqu'à l'aube du XVIII ème siècle, dans les campagnes, on exhibe rarement les services de table quotidiens. Et pour cause : les écuelles d'étain noirci, les auges en bois ou les assiettes en poteries frustres manquent particulièrement d'attrait.

Conséquence de l'invasion des faïences


A la fin du XVIII ème, elles sont chassées par l'intrusion de la faïence dans tous les foyers. Désormais, on mange dans des assiettes saines, faciles à nettoyer avec un peu d'eau, qui demeurent éclatantes de longues années. Et pourquoi les cacher puisqu'elles sont si jolies, avec leurs motifs aux couleurs chatoyantes ! Même les plus simples, uniformément blanches, sont attirantes. Il faut donc les montrer et profiter de leur éclat. Seul défaut : elles sont plus fragiles que les écuelles d'autrefois et se brisent au moindre choc.

Protection et décoration


Pour ces assiettes de faïence (ou de porcelaine pour les plus aisés), les ébénistes inventent un nouveau meuble : le vaisselier. Pratique, il permet de ranger aisément et de protéger ces objets si fragiles. Décoratif, il sait aussi les mettre en valeur. Mais contrairement à ses ancêtres, le dressoir médiéval puis le buffet-présentoir Renaissance, véritables meubles d'apparat destinés à exposer les pièces de vaisselle les plus remarquables, en étain ou en argent, le vaisselier est davantage un meuble campagnard. Très vite, il devient la pièce maîtresse des cuisines rurales, là où la famille se réunit, vit et prend ses repas.

Buffet-bas surmonté d'une étagère


Le vaisselier le plus courant est composé d'un corps de buffet-bas à deux portes et deux tiroirs, surmonté d'une haute étagère à trois ou quatre tablettes. L'étagère, placée en retrait, est beaucoup plus étroite que le buffet dont le plateau demeure partiellement utilisable. Grands plats, soupières et autres pots à terrines ou cocottes demeurent confinés dans les étages inférieurs du meuble. En revanche, toutes les assiettes (et parfois les petits plats) prennent maintenant place sur l'étagère. Face à la salle, le plus souvent inclinées vers l'arrière (parfois vers l'avant), retenues par des nervures et protégées par des lattes sur toute la longueur des rayonnages. Elles sont donc visibles, facilement accessibles, à l'abri des chocs et des maladresses. On peut même les laisser sécher sur leur rayonnage, après lavage.

Challenge pour ébénistes


Pour tous les ébénistes, l'avènement du vaisselier est une aubaine. Ils accordent tous beaucoup de soin à ce nouveau meuble, plus intéressant à réaliser qu'une armoire, par exemple, car moins austère et moins exigeant en bois. Et comme il doit séduire la famille de l'acquéreur au complet, sans oublier de signaler le niveau d'opulence de son propriétaire, le vaisselier permet aux ébénistes d'exprimer leur talent... et leur fantaisie !

Présent dans toutes les provinces


Sous leur influence, les vaisseliers vont connaître d'innombrables variantes : des modèles dont le corps inférieur est constitué de trois à cinq portes, ou encore des versions à horloge incorporée. Le vaisselier est présent partout. Logiquement mis en valeur dans les régions où la production faïencière est importante (Meillonas, Moustiers, Nevers, Rouen...), il est aussi à l'honneur dans toutes les provinces de France. Il prend tous les accents régionaux, s'imprègne de toutes les traditions locales.

Heures de gloire au XIX ème siècle


Omniprésent dès la fin du XVIII ème, le vaisselier vit ses heures de gloire au XIX ème siècle. L'évolution de l'habitat (et des mœurs) le condamne rapidement au début du XX ème siècle. Il faudra attendre l'après-guerre pour le voir retrouver des couleurs. En dépit de dimensions souvent inadaptées aux appartements de notre fin de XX ème siècle, il conquiert un public de passionnés, séduits par son esthétique et par son côté pratique. De plus, comme il en existe des milliers d'exemplaires, son avenir est assuré !

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ALSACE


En Ardenne, les buffets-vaisseliers de ligne dépouillée sont en chêne foncé. Avec des étagères montées à trois ou quatre rayons sans fond, les assiettes s'appuyant directement contre le mur, retenues par une profonde rainure. Le dessous de la planche supérieure est parfois équipé de crochets en cuivre, où l'on suspend les tasses et les pichets d'étain.


Alsace. Pin. Porte peinte de motifs floraux dans un losange

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AUVERGNE


En Auvergne, les meubles se caractérisent par leur aspect massif et leur solidité. Les bois les plus employés sont le noyer et le châtaignier traités dans des teintes rouge sombre. Le chêne, dur et compact, assure des assemblages robustes. Au sud du Massif central, dans le Rouergue et le Velay, on trouve également du cerisier, du merisier, du frêne, du hêtre et quelques résineux.

Sans tiroirs


Dans la salle commune, le vaisselier est placé contre le mur du fond, en face des fenêtres qui l'éclairent. Le bas du buffet inclut des panneaux carrés à moulures profondes, le plus souvent rectilignes, parfois ornés de pointes de diamant, notamment dans l'Aveyron et le Rouergue. Les buffets-vaisseliers les plus anciens ont des pieds droits qui encadrent une traverse rectiligne. Ils sont pour la plupart dépourvus de tiroirs. Les modèles les plus nombreux, du XIX ème siècle, sont à pieds légèrement cambrés, reliés par la traverse du bas chantournée et moulurée.

Bas et étagères parfois dissociés


Les étagères, peu profondes, peuvent indiquer une adaptation tardive sur le bas du buffet. En effet, certains vaisseliers auvergnats sont constitués d'un haut et d'un bas séparés à l'origine, ce qui explique parfois de curieuses disproportions entre les éléments. Quoi qu'il en soit, l'étagère à trois ou quatre étages est équipée de simples barres d'appui horizontales qui retiennent les assiettes inclinées vers l'avant. Les vaisseliers du XIX ème siècle d'influence Louis XV, comme on en trouve parfois dans la région d'Issoire, ont une traverse inférieure chantournée et moulurée, les panneaux de portes sont bordés de motifs floraux en léger relief, qui animent également la façade des tiroirs. Les entrées de serrures sont en fer plat ajouré ou de forme serpentine, mais assez courte. A noter que les buffets-vaisseliers auvergnats du XIX ème sont souvent destinés au rangement et à la présentation de la vaisselle "noble".


Auvergne. Merisier. Traverses festonnées

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BÉARN ET PAYS BASQUE


Aussi bien en Béarn qu'au Pays basque, le buffet-vaisselier de type classique a sa place dans la salle commune. Les bois employés sont le chêne et le noyer, plus rarement le pin et le merisier. Le vaisselier le plus courant se compose d'un buffet-bas à deux portes surmonté de deux tiroirs. Un autre modèle présente une rangée de trois tiroirs étroits entre les deux portes. Enfin, certains buffets-vaisseliers basques sont à trois portes et trois tiroirs, avec des étagères assez hautes, parfois à cinq niveaux, encadrés d'étroites armoires. Les assiettes sont inclinées vers l'avant sur une barre d'appui.

Motifs variés


Basques ou béarnais, les buffets-vaisseliers, pour la plupart du XIX ème siècle, ont des pieds courts légèrement cambrés qui soutiennent une traverse chantournée, soulignée par une fine moulure. Les portes de la partie basse sont ornées, en Béarn, de motifs d'esprit Louis XIII en pointe de diamant ou, plus tardivement, de motifs floraux à tiges serpentines en léger relief. Tandis que les meubles basques présentent des motifs spécifiques tels que rosaces, roues à rayons tournoyants, éventails et svastikas placés au centre de la traverse du bas. Les entrées de serrures en fer poli de forme serpentine sont plus ou moins déchiquetées.


Béarn. Chêne et noyer. Façade galbée

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BOURGOGNE


En Bourgogne, on distingue deux types de vaisseliers. Au nord (Beaune et Dijon), ils sont sobres, avec des étagères rectilignes supportées par un corps de buffets à deux ou trois portes, parfois ornés de pointes de diamant. En Bourgogne méridionale (Mâconnais), l'influence provençale se fait sentir par des moulures plus légères d'esprit Louis XV. Le type de vaisselier le plus caractéristique est structuré en trois pans, la porte centrale formant une avancée. La partie supérieure est rectiligne. Elle admet quatre ou cinq étagères à barrettes, entourées de deux petits placards dits "à liqueurs". Le bois le plus employé est le noyer. Les portes sont souvent en loupe de frêne ou d'orme, comme en Bresse, province voisine.


Bourgogne. Merisier

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BRESSE ET BEAUJOLAIS


Entre la Bourgogne et la Franche-Comté, la Bresse est célèbre par l'emploi d'essences de bois en opposition : le noyer et le chêne forment un solide bâti où s'inscrivent des panneaux en loupe d'orme ou de frêne. Les vaisseliers sont des meubles imposants dont la partie basse, qui donne toute sa largeur au meuble, peut être à deux, trois ou quatre portes à panneaux en loupe entre des moulures sinueuses d'esprit Louis XV. La partie haute comporte de trois à six niveaux d'étagères sous une corniche chantournée.

Sur les côtés des étagères, un ou deux placards plus ou moins hauts soutiennent un ou plusieurs rangs d'étagères. Ces petits rangements latéraux, aussi fonctionnels que décoratifs, sont dits "à liqueurs", comme en Bourgogne. Les assiettes sont présentées inclinées vers l'avant ; elles reposent sur une simple barre de retenue. La Bresse étant liée aux provinces horlogères du Jura, les plus beaux vaisseliers bressans incluent fréquemment une horloge, incorporée au centre du buffet, sous une corniche incrustée en chapeau de gendarme. Les buffets-vaisseliers du Beaujolais, souvent influencés par les meubles bressans, sont à deux ou trois portes surmontées de tiroirs, avec ou sans placards de rangement sur les côtés des étagères. Le corps du bas est assez souvent surbaissé, comme en région lyonnaise.


Bresse avec une horloge centrale surmontant un buffet-bas à trois portes

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CHAMPAGNE


Au nord de la Bourgogne, la Champagne s'étend jusqu'en Ardenne. Le traditionnel "ménager", nom le plus courant donné au vaisselier classique, est monté en retrait sur un buffet-bas. Ce meuble, réalisé en noyer, en fruitier (notamment le cerisier) et en chêne dans les régions forestières, occupe la meilleure place dans l'intérieur rural.

Les portes à cadre mouluré, au nombre de deux, trois ou quatre, ainsi que les tiroirs du buffet, sont ornés de motifs simples, sculptés en léger relief : marguerites stylisées, rosaces ou palmettes. Le tout repose sur des petits pieds cambrés reliés par une traverse chantournée et finement moulurée. La partie supérieure est de type classique. Elle inclut trois ou quatre niveaux de tablettes à rainures, sans barre de retenue. Les plaques d'entrée de serrures et les boutons de tiroirs sont en fer forgé joliment découpé.

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BRETAGNE


En Bretagne, le vaisselier est avant tout un meuble de parade, apparu au XVIII ème siècle. Il est orné des motifs sculptés inspirés du folklore celtique : galettes à moulures concentriques, rosaces, losanges, coquilles, plumes, entrelacs, étoiles, fougères, marguerites, oiseaux sur des branches fleuries, cœurs et croix. Ces décors luxuriants sont rehaussés, au cours du XIX ème siècle, de clous à tête de cuivre qui rythment les contours. Les principaux bois employés sont le chêne, le châtaignier et le noyer cirés dans des teintes sombres. Le style le plus typiquement breton s'affirme en Basse-Bretagne, tandis qu'en Haute-Bretagne, notamment aux environs de Rennes, l'influence Louis XV venue de Normandie se fait davantage sentir.

Dans les demeures les plus anciennes, le vaisselier est encadré par l'armoire traditionnelle et le buffet à deux corps. Tous trois forment un "front" de meubles, serrés les uns contre les autres, auxquels s'ajoute parfois la gaine d'une horloge. Par la suite, le vaisselier se détachera pour attirer les regards sur les faïences alignées le long des étagères garnies de petits fuseaux tournés. Le buffet-bas a deux portes finement sculptées de motifs en léger relief, surmontées de deux tiroirs dont la façade présente des rosaces et des guirlandes de fleurs. Les entrées de serrures se prolongent par des motifs ajourés ou des flammes sinueuses en laiton doré. Les pieds droits et carrés encadrent une traverse inférieure rectiligne ou, au XIX ème siècle, de forme serpentine d'inspiration Louis XV. Les montants latéraux, qui supportent les galeries d'étagères, sont souvent moulurés et coiffés d'une corniche droite.

En Basse-Bretagne, les tablettes de présentation des faïences sont bordées d'une petite galerie. Contrairement aux dispositifs des autres régions, cette caractéristique masque les assiettes exposées puisqu'elles sont inclinées vers l'avant, leur face reposant sur le bord de la barrette de galerie. Un meuble complémentaire du buffet-vaisselier breton est l'égouttoir. Il repose sur une caisse à claire-voie garnie de petits balustres tournés sur deux rangées et supporte deux ou trois galeries d'étagères en retrait par rapport à l'égouttoir proprement dit, qui prend appui sur le sol. Un autre type d'égouttoir construit sur le même modèle est suspendu, fixé au mur par des pattes-fiches. Là encore, comme pour la plupart des meubles bretons, les petits fuseaux tournés constituent l'essentiel du décor.


Bretagne. Merisier et châtaignier

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DAUPHINÉ ET SAVOIE


En Dauphiné et en Savoie, il faut distinguer les vaisseliers de montagne, simples, solides, voire rudimentaires, des meubles de plaine, plus élaborés et soumis à l'influence des régions voisines.

Les meubles de montagne (alpins) sont souvent en mélèze, "le chêne des montagnes", bois dur à veines brunes, très résistant : mais aussi en pin d'arole ou "pin cembro" un résineux homogène, facile à sculpter ; et plus rarement, en épicéa, bois tendre, très proche du sapin. Les vaisseliers se composent d'un buffet-bas à deux portes carrées surmontées de rayonnages à deux ou trois niveaux. La traverse supérieure, droite ou en accolade, est clouée en applique dans le haut des montants. Certains vaisseliers comportent un placard à une porte sur le côté des étagères.

En Dauphiné, les buffets-vaisseliers, parfois désignés sous le nom de "redressoirs", sont à étagères entre des montants fixés sur le bas du buffet, sans tiroirs ni placards, et surmontés d'une corniche en saillie. De Savoie comme du Dauphiné, les vaisseliers sont égayés de motifs géométriques traditionnels ou de fleurs stylisées, sculptés au couteau.


Dauphiné. Mélèze. Repose sur deux patins

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FRANCHE COMTÉ


La Franche-Comté a subi la double influence de la Bourgogne et de la Lorraine. Les vaisseliers se caractérisent par un buffet à deux ou trois portes, surmonté d'étagères encastrées entre des armoires. Certains modèles présentent la particularité d'une partie basse à trois portes dont l'une forme une avancée au milieu du meuble. Les tiroirs qui surmontent les trois portes sont souvent ornés d'une ceinture en marqueterie de bois contrastés.

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ÎLE-DE-FRANCE


L'ile-de-France est la région qui a vu naître la plupart des grands styles français. Les meubles de base se caractérisent par une sobriété équilibrée. Les bois de prédilection sont le chêne, le noyer, le merisier et l'orme. Les vaisseliers sont composés d'un buffet à deux portes moulurées, parfois ornées de rosaces en haut des panneaux.

Les portes sont surmontées de tiroirs que sépare un motif à rosace. La traverse inférieure, encadrée de pieds galbés, présente un contour chantourné, souligné par une fine moulure. La traverse supérieure, au-dessus des étagères, offre le même décor chantourné sous une corniche rectiligne. Les étagères, au nombre de cinq ou six, sont séparées par de simples barrettes rectilignes qui retiennent les assiettes. Au-dessus du plateau du buffet, l'étagère inférieure soutient de chaque côté des tiroirs à couteaux.


Île-de-France. Traverses chantournées. Etagères à balustres

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LORRAINE


Dès la fin du XVIII ème siècle, et compte tenu de l'importante production de faïences populaires de la région (Les Islettes, Lunéville, Saint-Clément, Sarreguemines...), le vaisselier que l'on appelle aussi "dressoir", du nom de son ancêtre, occupe une place prédominante dans le mobilier lorrain. C'est pourquoi il occupe souvent toute la surface d'un mur, s'étirant en longueur selon le nombre de portes du buffet-bas (de deux à six !) surmontées d'autant de tiroirs. Le modèle le plus simple est bâti sur un buffet-bas à deux portes séparées par deux ou trois tiroirs superposés.

La partie supérieure est formée de trois à cinq tablettes allongées soutenues de chaque côté par des colonnettes tournées. Les assiettes s'inclinent vers le fond et sont retenues à l'avant par une profonde rainure. Le bois de base est le chêne souvent teinté de rouge foncé. Le noyer, facile à sculpter, est également apprécié des menuisiers, ainsi que le cerisier et son dérivé, le merisier. Le décor des portes est animé de moulures serpentines ou de motifs quadrilobés. Autre originalité du décor lorrain : des croix et des rosaces en bois de tonalités différentes sont incrustées dans le bâti, entre les tiroirs. Les poignées de tirage sont le plus souvent en laiton, allongées entre des pivots ornés de marguerites. Les entrées de serrures, formées de deux "S" opposés sont soit en fer sur les meubles les plus anciens, soit en laiton à partir du milieu du XIX ème siècle.

On rencontre également, dans la région de Metz, des vaisseliers dont les étagères reposent sur le plateau d'une commode à trois grands tiroirs superposés, entre deux portes de buffet. Certains de ces "commodes-buffets-vaisseliers" présentent, dans la partie supérieure centrale, entre les étagères, des placards hauts et étroits. Certains vaisseliers lorrains sont, comme en Bresse, équipés d'une horloge.


Lorraine. Chêne

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LYONNAIS


En région lyonnaise, le vaisselier est de type classique, à cadre rectiligne avec une corniche simplement moulurée. Les panneaux de portes du buffet-bas sont à pointes de diamant ou à moulures sinueuses.

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NORD ET PICARDIE


Les régions du Nord et de la Picardie, bien que très riches en faïences populaires décoratives (Desvres, Lille, Saint-Omer...), n'ont pas de vaisseliers spécifiques. La "traite" ou le "dresche" en font office, avec leur long plateau à rainure où peuvent s'aligner les assiettes de faïence. De même les "séages" sont des traites à guichet central évidé, où l'on range les plats et les poteries. Sur tous ces meubles très allongés, à plusieurs portes, la partie haute se résume à trois ou quatre étagères sans fond, très sommaires : quelques planches horizontales clouées entre deux montants qui prennent appui sur le plateau des enfilades à plusieurs portes.

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NORMANDIE


Les Normands désignent sous le nom de "palier" leur meuble d'apparat le plus répandu. C'est un vaisselier classique, le plus souvent en chêne, mais il existe également en merisier, pommier ou pin. II est composé d'un buffet-bas à deux portes richement moulurées dans des encadrements fleuris. Les pieds sont cambrés dans l'esprit Louis XV et la ceinture inférieure est enrichie de guirlandes sinueuses. Il est surmonté de trois ou quatre rangs d'étagères qui comportent des barrettes d'appui soutenues par des fuseaux tournés. La corniche comporte souvent un baldaquin dont les deux coins sont garnis de bobines de retombée. Enfin, les sculptures sont d'inspiration végétale.

Le "faux palier", plus frustre, est davantage un meuble de service, relégué dans un recoin de la cuisine ou de l'office, qu'un présentoir d'apparat. Il n'a pas de sculptures et son seul ornement est, parfois, une corniche au contour chantourné. On distingue trois types de "faux paliers" :
                               - L'un des plus courants est un modèle à montants latéraux, encadrant un égouttoir à claire-voie.
                               - Il existe une variante à guichet ouvert, incluant un garde-manger à portes grillagées (modèle propre à la Basse-Normandie).
                               - Enfin, le faux palier dit "à la girafe", dont les montants sont stabilisés au sol par des patins. Il totalise quatre ou cinq étagères superposées, garnies de barrettes soutenues par de petits balustres tournés.

Cette forme de vaisselier tout en hauteur, d'une construction très simple à la portée de tout menuisier de village, se retrouve dans d'autres régions, notamment dans la vallée du Rhône et en Savoie. Des petits meubles d'appui, fixés au mur par des pattes-fiches et comportant trois ou quatre étagères, complètent la gamme des vaisseliers normands.


Normandie. Merisier. Tiroirs à couteaux. Deux rangements à Calvados sur le côté des étagères

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POITOU ET CHARENTE


Du Poitou à la Charente, les vaisseliers tiennent une place d'honneur dans la salle commune. En noyer ou en merisier, ils sont construits sur le type traditionnel : buffet-bas à deux portes, surmonté de deux tiroirs et de quatre galeries d'étagères sous une corniche en baldaquin. Les décors des buffets-bas sont soignés et misent, comme en Vendée, sur des effets de contrastes de bois : encadrement de chêne, de châtaignier ou de merisier opposés à des panneaux de portes en loupe d'orme ou de frêne. Les vantaux pivotent sur de longues fiches d'acier surmontées par un gland. Autre particularité : les traverses et le dormant, entre les portes, sont ornés de motifs géométriques en incrustation (étoiles, croix de Malte, rosaces...) jouant sur les contrastes de couleurs des différents bois. Enfin, les faïences (de La Rochelle, Marans...) sont disposées vers l'avant, en appui sur les barrettes d'étagères horizontales.

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PROVENCE


En Provence, la grande variété des meubles de rangement suspendus relègue les vaisseliers à une place secondaire. Les assiettes et les plats en faïence méridionale, ainsi que les poteries, trouvent leur place sur les étagères de "l'es-cudelié". Les étains s'exposent sur "l'es-tagnié". Tandis que les verres s'alignent sur les petites planches du "verriau", parfois derrière une porte vitrée. Les buffets-vaisseliers ne sont pourtant pas totalement exclus des intérieurs bourgeois. Ils sont de structure traditionnelle à haute étagère à plusieurs rayonnages implantée sur un bas de buffet à deux portes à moulures sinueuses, grasses et profondes. Au pied du meuble, la traverse inférieure, entre des pieds cambrés, est richement sculptée de volutes florales, parfois ajourées.

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VENDÉE


Au sud de la Bretagne, la Vendée possède des vaisseliers d'apparat, dont la partie basse, en forme de buffet à deux portes, tire ses effets décoratifs de bois différents : structure en chêne ou en châtaignier, et panneaux de portes en loupe de frêne ou d'orme. Les montants des étagères sont stabilisés par des patins en léger retrait sur le plateau. Les faïences, inclinées vers l’arrière. sont retenues à la base par de simples baguettes rectilignes. La corniche à double moulure puissante retombe en baldaquin à traverse chantournée, flanquée de bobines descendantes.


Vendée. Motifs incrustés en forme de losanges en bois contrastés